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LA CIVILISATION DE LA RENAISSANCE EN ITALIE - Jacob Burckhardt

Illustration : Hermès Trimégiste donne des lois aux Egyptiens. Pavement de la cathédrale de Sienne, d'après le dessin de Giovanni di Stefano.
Hermès Trimégiste était considéré comme l'inventeur des hiéroglyphe et maître de la sagesse occulte des anciens. Les néo-platoniciens de la Renaissance croyaient trouver dans les écrits d'époque alexandrine qui circulaient sous son nom, les vérités essentielles du christianisme ; d'où sa place dans la cathédrale. On voyait en lui la preuve que Dieu n'a jamais voulu priver totalement les hommes de sa lumière, et que les sages païens aussi participaient à la grâce.
[Source : Jacob BURCKHARDT - « La Civilisation de la Renaissance en Italie » , LGF - Livre de Poche,  Collection Biblio Essais.] 

 

Jacob (Christoph) Burckhardt (25 mai 1818 - 8 août 1897.)

 

« [...] Le caractère profane par lequel la Renaissance semble former un contraste frappant avec le Moyen Age, provient d'abord de cette masse d'idées et de vues nouvelles qui ont pour objet la nature et l'humanité, et dont le débordement caractérise cette époque. Considéré en lui-même, il n'est pas plus hostile à la religion que ce qui le remplace aujourd'hui, savoir ce qu'on appelle les intérêts de la culture ; seulement ceux-ci, tels que nous les comprenons, ne nous donnent qu'une faible idée de la surexcitation que provoquait partout la découverte de tant de choses nouvelles. C'est là le côté sérieux de ce caractère mondain ; c'est lui qu'ont exalté la poésie et l'art. Par une sublime fatalité, l'esprit moderne est condamné à garder ce caractère ; il est poussé par une force invincible à étudier les hommes et les choses, et regarde cette étude comme sa plus noble mission. Quand et comment cette étude le ramènera-t-elle à Dieu ? Comment se conciliera-t-elle avec les sentiments religieux de l'individu ? Ce sont des questions qui ne peuvent se résoudre au moyen de formules générales. Le Moyen Age, qui en somme s'était épargné l'empirisme et le libre examen, ne saurait être appelé à donner la solution d'aussi graves problèmes.

A l'étude de l'homme, mais aussi à bien d'autres choses encore, se rattachaient la tolérance et l'indifférence avec lesquelles on traitait le mahométisme. La connaissance et l'admiration de la haute culture des peuples musulmans, surtout avant l'invasion des Mongols, étaient certainement, depuis les croisades, l'apanage exclusif des Italiens ; qu'on ajoute à cela les allures semi-mahométanes de leurs propres princes, l'aversion secrète et même le mépris que leur inspirait l'Eglise telle qu'elle était, les voyages en Orient, le commerce dont les centres préférés sont toujours les ports de l'est et du sud de la Méditéranée. Dès le XIIIè siècle, on peut constater chez les Italiens la reconnaissance d'un idéal mahométan de générosité, de dignité et de fierté généreuse ; cet idéal, on le rattache de préférence à la personne d'un sultan, généralement à celle d'un prince eyoubide ou d'un sultan mameluck d'Egypte ; quand on cite un nom, c'est tout au plus celui de Saladin. Même les Turcs Osmanlis, dont les instincts destructeurs n'étaient un mystère pour personne, n'inspiraient aux Italiens, ainsi que nous l'avons montré précédemment (1re partie, chap. VIII), qu'une demi-terreur, et des populations entières se font à l'idée d'une entente avec eux. […] »

J. BURCKHARDT - « La Civilisation de la Renaissance en Italie » (1860), Tome 3

______

Annexes :

[...] Les bons rapports du Cheikh avec l’Italie remontent à de nombreuses années. Les représentants italiens sont ainsi invités à toutes ses fêtes et il est l’hôte d’honneur de notre Ambassade. Il est en correspondance avec S. M. le Roi d’Italie et, depuis maintenant deux ans, il chargea le directeur de la présente Revue de présenter de nombreux cadeaux à Sa Majesté ; gentillesse à laquelle le Roi répondit en offrant à son tour d’autres présents qui furent officiellement transmis. La vérité nous oblige à ajouter que le fils spirituel du Cheikh, S. E. Mohammed Alî Bey Elwi, interprète à l’Ambassade italienne du Caire 22 , et qui jouit également d’une très profonde vénération parmi les musulmans, du Kurdistan jusqu’au Maroc, appuya les desseins du Cheikh rendant ainsi d’immenses services à l’Italie, tout en demeurant musulman scrupuleux et sans affaiblir son propre prestige.

Nous voyons donc que le Cheikh a agi surtout par conviction et par sentiment ; mais dans son acte il faut aussi voir un échange de bons procédés.

Comme presque tous ceux qui suivent la voix (voce) spirituelle d’Ibn Arabi, le Cheikh s’intéresse vivement aux Sémites du Sud. Les musulmans non seulement du Yémen mais aussi de l’Abyssinie et de l’Erythrée ont toujours été l’objet de ses soins et préoccupations. Les mesures prises en faveur de l’Islam et des musulmans par le gouverneur Mercatelli du Benadir, depuis Martini en Erythrée jusqu’à son successeur le marquis Salvago Raggi, ont profondément touché le Cheikh et tous les vrais musulmans ; et, puisque les Italiens fabriquent (fabbricano) des mosquées pour les musulmans, le Cheikh a trouvé tout naturel que les musulmans construisent une mosquée à la mémoire du défunt roi d’Italie. Cet acte de sa part s’explique donc de la façon la plus simple, du moins aux regards de l’honnêteté et de la tolérance. Il n’y avait d’extraordinaire que la hardiesse.[…]

Quelques pages oubliées sur le Cheikh ‘Abd Al-Rahmân ‘Elîch Al-Kabîr et son entourage – Cheikh Yûssuf Al-Nabbahânî / Abdul Hâdî Aguéli

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