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« La vie traditionnelle c’est la sincérité » (Ad-dîn en-naçîhah) du Cheikh Tâdilî, traité dont il est rapporté que le Cheikh Mustâfâ Abd el-‘Azîz Vâlsan conseillait la lecture à ses propres disciples 1.

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AVANT–PROPOS*

[* « La vie traditionnelle c’est la sincérité » (Ad-dîn en-naçîhah), traduit de l'arabe et annoté par Antoine Broudier, éd. Villain Et Belhomme - Editions Traditionnelles, 1960 et 1971.]

Le premier ouvrage dont nous allons donner la traduction traite de l’ésotérisme islamique. On traduit habituellement dîn par « religion ». Dîn présente en fait plusieurs sens (6) dont aucun ne correspond exactement à ce que l’on entend par « religion ». Le dîn, dans son acception courante, comprend la Tradition entière, incluant exotérisme et ésotérisme. En outre, dîn signifie la vie et l’attitude traditionnelles elles-mêmes, et c’est là son sens dans le hadith choisi par le Sheikh comme titre de son ouvrage.

(6) Le terme est sémantiquement complexe, si bien qu’on a voulu en faire le résultat de la coïncidence d’une racine persane et d’une racine sémitique. Certains de ses sens rappellent ceux d'un autre vocable complexe, également fort utilisé dans la littérature traditionnelle, celui de adab.

Il n'est pas inutile, par ailleurs, de reproduire ici un hadith au sujet du dîn = tradition, d’une part parce que ce sens apparaît dans le traité, d’autre part parce que nous définirons du même coup l’Islâm, l’Imân et l’ihsân dont il va être également question.

« D’après Umar — qu’Allâh soit satisfait de lui ! — qui dit : Tandis que nous étions assis auprès de l’Envoyé d’Allâh — qu’Allâh le bénisse et le sauve ! — un certain jour, voici que nous apparut un homme aux habits d'une vive blancheur et aux cheveux d’une intense noirceur, sans trace visible sur lui de voyage, que personne parmi nous ne connaissait. Dès qu’il se fut assis près du Prophète — qu'Allâh le bénisse et le sauve ! — il appuya ses genoux contre ceux du Prophète et posa les paumes de ses mains contre les cuisses de ce dernier.
« — O Muhammed, lui dit-il, renseigne-moi sur l’Islâm.
« — L’Islâm, répondit l’Envoyé d’Allâh, qu’Allâh le bénisse et le sauve ! — consiste en ce que tu témoignes qu’il n’y a pas d’autre dieu qu’Allâh et que Muhammed est l’Envoyé d'Allâh ; que tu accomplisses la Prière rituelle, que tu remettes la zakât (7), que tu jeûnes pendant le mois de Ramadân et que tu te rendes en pèlerinage à la Maison d’Allâh, s’il est en ton pouvoir de le faire.

« — Tu as dit vrai, dit l’inconnu.
« Nous étions étonnés de le voir interroger le Prophète et lui donner son approbation.
« — Renseigne-moi, reprit le visiteur, sur la Foi (Imân).
« — Elle consiste, répondit le Prophète, à croire en Allâh, en Ses Anges, en Ses Livres, en Ses Apôtres et au Jugement dernier ; à croire en le Destin, qu'il apporte le Bien ou le Mal.
« — Tu as dit vrai, dit l'homme. Renseigne-moi, reprit-il, sur l'Ihsân (bienfaire).
« — Il consiste à servir Allâh comme si tu Le voyais ; car si tu ne Le vois pas. Lui te voit.
« ... Là-dessus l'inconnu s’en alla. Je demeurai un long temps [à réfléchir] quand l’Envoyé dit :
« — Ô Umar, sais-tu qui est l’interrogateur ?
« — Allâh et Son Envoyé, répondis-je, sont plus savants.
« C'est Gabriel (Djibril) : il est venu vers nous pour nous enseigner votre dîn »(8).

(7) L’aumône rituelle.

(8) An-Nawawî, les 40 hadith, texte arabe édité avec traduction française par Henri Pérès, Alger, 1950, p. 16.

Quant à la naçîhah, « certains prétendent que la fourberie des Persans est démontrée par l’absence, dans leur langue, d'un vocable qui englobe toutes les acceptions du mot naçîhah. En disant naçîhah, on n'entend pas seulement la droiture du coeur (9), car il est rare qu'un homme de coeur ne trouve pas l’occasion de te donner un conseil susceptible, selon l'opinion qu’il a de toi, de t’être particulièrement profitable. Dans leur langue, il existe un mot pour désigner la droiture du coeur, un autre pour le désir de faire du bien, d’autres encore pour le bon conseil et l’exhortation à bien se conduire. Naçîhah, chez eux, s’exprime par plusieurs mots qui, réunis, ont le même sens qu’un seul vocable de la langue arabe. Il est donc injuste de taxer les Persans de fourberie, sous prétexte qu’ils ne possèdent pas le correspondant de naçîhah ».

Nous sommes heureux de cette conclusion d’al-Jâhiz (10), car nous ne le possédons pas non plus en français, et c’est faute de mieux que nous avons adopté « sincérité ».

(9) Le grand dictionnaire arabe Lisân al-arab donne plus précisément la « pureté » (al-khulûç) comme sens premier du nuçh, et donc de la naçîhah.

(10) Tirée du Livre des Avares, trad. Charles Pellat, Paris, 1951, p. 282.

La Tradition est souvent représentée dans l’ésotérisme islamique par un cercle dont le centre symbolise la Vérité (haqîqah), la circonférence la Loi exotérique (sharîy âh) et les rayons les multiples voies convergentes de l’Initiation (tarîqah, pl. turuq.). Le plan de la Risâlah repose sur ce schéma. Le Sheikh expose d’abord les manifestations de la naçîhah de l’initié en tant qu’il fait partie de la communauté des Croyants, puis au cours de son voyagé initiatique. Il est amené au cours de son exposé à définir certains termes, non pour constituer un dictionnaire de la terminologie du taçawwuf, mais pour montrer, en dégageant les haqâiq, le rôle de la naçîhah.

Le traité se termine avec le terme ultime de la Voie qui n’est abordé qu'allusivement, car « aucun registre ni aucune poésie ne l’appréhende ». Enfin le Sheikh ajoute à l’ouvrage un appendice dans lequel il examine diverses applications qui rejoignent, car « les extrêmes se touchent », les idées exprimées au début. Le ton du traité est assez familier, nous dirions volontiers fraternel. La suite des idées est toujours parfaitement logique. Si elle apparaît autrement, la faute n'en est due qu’au traducteur.


(A. B.).

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(Cliquer sur le titre)

Sheikh Tâdilî - La Vie traditionnelle c'est la sincérité (Ad-Dînun-Nacîhah)

 Traduit de l'arabe et annoté par Antoine Broudier 


Suivi d'un poème sur la Shahâdah Traduit de l'arabe par Abd-er-Rahim Tâdilî et Roger Maridort

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