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[Note du blog : Bien que ne partageant pas toutes les positions de l'auteur, nous soumettons à nos lecteurs ce passage qui nous semble présenter un intérêt traditionnel.]

[Couverture de l'édition française de 1964.]
 

[...] C'est là un des effets de cette régression en vertu de laquelle, sur la voie de sa "libération", l'Occidental s'est de moins en moins senti un être privilégié de la création et s'est de plus en plus habitué à se considérer, au contraire, comme un membre d'une des nombreuses espèces naturelles, voire animales. L'apparition et la propagation du darwinisme et de l'évolutionnisme ont été d'indiscutables indices de cette orientation intérieure. Mais, en dehors du domaine théorique et scientifique, ceci s'est manifesté dans la vie quotidienne sous forme de comportements et a donné naissance à ce que quelqu'un a appelé l' "idéal animal" en pensant surtout à l'Amérique du Nord, où il apparut tout d'abord.

Ce terme s'applique à l'idéal de bien-être biologique, de confort, d'euphorie optimiste, qui met l'accent sur tout ce qui n'est que santé, jeunesse, force physique, sécurité et succès matériel, satisfaction primitive des appétit du ventre et du sexe, vie sportive, etc., et dont la contrepartie est une atrophie de toutes les formes supérieures de sensibilité et d'intérêt. Nous en avons déjà parlé. Il est évident que seul un homme se développant exclusivement dans ceux de ses aspects qui ne le différencient pas d'une espèce animale, peut avoir fait de pareil idéal le "standard" de la civilisation "moderne". Nous ne reviendrons pas sur le fait que cet idéal trouve une correspondance dans le nihilisme voilé des courants politico-sociaux qui prédominent aujourd'hui. Nous désirons seulement mettre en lumière cette tendance vers un retour à la nature, sous le signe d'une sorte de culte physique de la personnalité.

Il ne s'agit pas des formes simples, légitimes mais banales, d'une compensation organique. Aucun problème ne se pose lorsque l'homme d'aujourd'hui ressent le besoin de récupérer physiquement, de se détendre les nerfs, de fortifier son corps en dehors de l'ambiance des grandes cités modernes. De ce point de vue, la vie dans la nature, la culture physique, et certaines variétés de sport individuel, peuvent certainement jouer un rôle utile. Mais il en va différemment quand on fait intervenir des facteurs, spirituels pour ainsi dire, sur un plan polémique ; c'est-à-dire quand on pense que l'homme qui vit dans la nature et fortifie son être physique est plus proche de lui-même que parmi les expériences et les tensions de la vie "civilisée" ; quand, surtout, on suppose que des sensations plus ou moins physiques de bien-être et de récupération ont un rapport quelconque avec quoi que ce soit de profond, ou avec ce qui, d'un point de vue supérieur, doit être considéré comme l'humain intégral.

Outre la tendance qui, sur de telles bases, conduit à l' "idéal animal" et au naturalisme moderne, il faut dénoncer, de façon générale, l'équivoque qui s'attache à la formule d'un "retour aux origines" confondu avec un retour à la "Terre Mère" et, précisément, à la "Nature". Bien qu'il ait été souvent mal appliqué, l'enseignement théologique d'après lequel il n'y a jamais eu d'état purement "naturel" pour l'homme n'en est pas moins juste pour autant ; dès le début, l'homme s'est trouvé placé dans un état "supra-naturel" dont il a déchu ensuite. En effet, pour l'homme au sens propre, "typique", il ne peut jamais être question de ces "origines", ni de cette "Mère" en vertu desquelles personne ne peut s'affranchir de la promiscuité de ses semblables, ni même des espèces animales. Tout "retour à la nature" (formule qui, généralisée, peut aussi inclure toute les revendications au nom des droits de l'instinct, de l'inconscient, de la chair, de la vie inhibée par l' "intellect" et ainsi de suite) est un phénomène de régression. L'homme qui devient "naturel" en ce sens, en réalité se "dénature". [...]

(JULIUS EVOLA, « Chevaucher le Tigre », éd. La Colombe 1964, pages 152-154.)

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