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 La Gnose, première année – « A NOS LECTEURS »

« A NOS LECTEURS »[*]

 

Lorsque parut, il y a quelques mois, le premier numéro de cette revue, certains purent croire, sur la foi de renseignements inexacts ou d’apparences trompeuses, qu’il s’agissait d’une publication spéciale, comme il en existe tant à notre époque. Notre titre est cependant le plus général qui puisse être, mais tant d’interprétations erronées ou incomplètes ont été données de ce mot de Gnose, il a été si souvent détourné de son acception véritable, que nous croyons nécessaire, afin de dissiper toute équivoque, de la rappeler ici à nouveau.

 

La Gnose, nous ne saurions trop le répéter, c’est la Connaissance intégrale , la Synthèse universelle, qui a pour objet la Vérité totale, une et immuable sous les formes diverses qu’elle a accidentellement revêtues suivant les temps et les pays. On peut donc dire que la Gnose est la racine commune de toutes les traditions particulières, de toutes les adaptations spécialisées, de toutes les révélations au sens propre du mot, qui ont donné naissance aux religions, aux initiations, toujours identiques au fond bien que différentes dans la forme. C’est pourquoi nous devons nous appuyer toujours sur la Tradition orthodoxe, que nous retrouvons dans toute sa pureté originelle, partout la même, sous la lettre des Livres sacrés, sous le voile des symboles et des rites initiatiques.

 

Notre programme est donc, pour le résumer en un mot, l’étude de la Science ésotérique, une comme la Vérité elle-même ; nous laissons à l’exotérisme toutes les spécialisations et toutes les analyses, les sciences expérimentales, les systèmes philosophiques, les religions extérieures. Il en est à qui ce domaine de l’exotérisme suffit, qui n’éprouvent pas le besoin d’aller plus loin, qui peut-être ne le pourraient pas ; ce n’est pas à ceux-là que nous nous adressons, mais seulement à ceux, beaucoup moins nombreux, qui ont compris que ce n’est point dans cette recherche fragmentaire et analytique qu’ils parviendront à trouver la Vérité. En effet, et ceci est un point sur lequel nous insistons tout particulièrement, il est impossible d’arriver à la Synthèse par l’analyse ; autant vaudrait chercher à limiter l’Infini, ou à enfermer le Tout dans une de ses parties ; et, si nous y insistons, c’est parce que l’erreur que nous signalons ici est celle qui condamne fatalement à l’impuissance tous les efforts des savants occidentaux modernes.

 

Une autre remarque que nous devons faire ici, et qui d’ailleurs résulte immédiatement de ce qui précède, c’est que la Gnose ne doit pas être confondue, comme elle l’est bien souvent à tort, avec ce qu’on appelle le Gnosticisme ; celui-ci n’en est qu’une adaptation particulière, que nous étudions au même titre que toutes les autres formes de la Tradition. Mais ce qui nous importe le plus, c’est d’exposer, dans la mesure où cela est possible, la doctrine métaphysique qui se dégage de toutes ces formes, de la façon que nous penserons la plus compréhensible et la plus facilement assimilable pour l’esprit du lecteur. En effet, la Vérité est objet de connaissance, donc de certitude, et non de croyance (bien qu’évidemment des êtres relatifs ne puissent pas connaître absolument la Vérité) ; or, pour connaître, il faut nécessairement comprendre. Pour nous, il n’y a donc point de dogmes, mais seulement des vérités qui peuvent se démontrer ou s’assentir ; il n’y a point de mystères, sauf ce qui, par son essence même, est incommunicable. C’est pourquoi nous pensons que les arcanes se défendent d’eux-mêmes contre l’indiscrétion des profanes, et nous n’hésitons pas à proclamer hautement les vérités que nous pouvons connaître (dans le domaine de l’idée pure, bien entendu), car la Lumière ne fait qu’aveugler ceux qui sont incapables de la recevoir.

 

Enfin, pour éviter de regrettables confusions, et pour rendre impossible toute assimilation des études auxquelles cette Revue est consacrée avec celles que poursuivent, sur un tout autre plan, certains investigateurs qui se donnent à eux-mêmes des appellations diverses, occultistes, théosophistes, spiritualistes, et qui sont généralement des expérimentateurs (voir à ce sujet, dans le n° 2, La Gnose et les Écoles spiritualistes), nous ne saurions mieux faire que de reproduire, en faisant nôtres les idées qui y sont exprimées, quelques lignes extraites du programme de La Voie (n° I, 15 avril 1904). « La Science ne nous permet, la Tradition ne nous conseille de nous adresser qu’a une élite ; viendra à nous qui voudra, marchera avec nous qui pourra. Cette déclaration n’est pas un aveu d’orgueil ; nous sommes de très simples serviteurs de la Vérité hautaine. Les gardiens d’un trésor peuvent être à la fois très pauvres et incorruptibles ; nous avouons humblement notre pauvreté, et c’est le trésor lui-même qui fait la difficulté de notre accès.

 

« Nous ne décourageons personne, car nous ne nous croyons pas supérieurs aux autres ; mais nous n’engageons non plus personne, car nous n’avons pas de promesses à faire. C’est en lui-même que celui qui est capable de nous suivre trouvera la récompense de nous avoir suivis.

 

« Ainsi, faisons immédiatement la distinction nécessaire entre la Science (ou la Connaissance, la Gnose) et ce merveilleux que certains appellent la Magie. S’arrêter aux phénomènes magiques quand ils se rencontrent , et les observer au même titre que les autres phénomènes naturels, voilà qui est bien ; les suivre spécialement, voilà qui est inutile ; les provoquer , voilà qui est mauvais.

 

« La Magie est pour nous une science, et une science secondaire ; c’est, au sens latin du mot, un accident sur la route. Les ambitieux n’ont pas affaire chez nous, car nous ne faisons pas d’or ; ni les sentimentaux, car nous ne ressuscitons pas d’entre les morts ; ni les curieux, car il n’y a pas chez nous des prestidigitateurs.

 

« Pour nous, les esprits amoureux uniquement des phénomènes qu’ils appellent surnaturels parce qu’ils sont sans doute au-dessus de leur entendement naturel, sont des intelligences insuffisantes, propres surtout à embarrasser, et parfois à ridiculiser les méthodes ; nous désirons infiniment n’en voir jamais parmi nous. »

 

C’est sur ces mots que nous terminerons, pensant en avoir dit assez pour montrer quelles sont nos intentions, et nous souhaitons a nos lecteurs de semblables dispositions pour atteindre le but unique que nous nous proposons, la Connaissance parfaite par laquelle s’acquiert l’éternelle Béatitude.

 

La Direction.
 

[*][Paru dans la revue La Gnose, Première année, n°5, mars 1910, page 77-79.]

 

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