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Prière et soufisme

 « ... Sur le plan de la réalisation spirituelle, les différents mouvements de la prière décrivent le passage graduel de l'état d'une conscience egocentrée, représentée par la station debout, à l'effacement progressif de celle-ci et finalement son annihilation symbolisée par l'attitude de la prosternation. Dans cette perspective, une connaissance théorique du symbolisme de la prière est loin d'être suffisante. L'initiation implique un processus de transformation qui passe, au-delà d'une conception théorique, par la participation effective du corps à une expérience vécue. les attitudes rituelles du corps contiennent potentiellement les réalisations spirituelles correspondant à chacune d'elles. Il appartient cependant au pratiquant de rendre cette réalisation effective par une « présence d'esprit «  continue dans chaque parole et chaque geste de la prière. C'est alors que la prière est « orientée », l'orientation extérieure vers le temple n'étant qu'un support à l'orientation intérieure vers Dieu. De plus, comme le temps de la prière est sacré, l'orant ne doit ni interrompre celle-ci, ni se laisser distraire, ne serait-ce que d'un simple regard, par ce qui l'entoure. Plusieurs ahadîth insistent sur la nécessité de cette concentration : « Nombreux sont ceux qui passent des veillées en prière pour ne récolter que fatigue », dit l'un d'eux. On retrouve également la participation du corps comme support symbolique dans le rite des ablutions qui précède la prière. Le support corporel est là encore fondamental puisque le renouvellement des ablutions est prescrit au regard de notre rythme biologique. Partant de ce support, le rite des ablutions revêt alors la signification vécue d'un changement d'état, d'une régénération spirituelle, l'eau étant un symbole de la vie. Mais l'eau naturelle n'est-elle pas de surcroît le symbole sensible de l' « eau de l'invisible », eau spirituelle, par laquelle s'opère la véritable purification intérieure ? 

Décrivant la signification spirituelle de la prosternation rituelle, le soufi Ahmed al 'Alawi écrit : « Avant sa prosternation, le gnostique se tenait debout dans la position de l'existence, mais après sa prosternation, il est anéanti, disparu, effacé en lui-même et éternel en son Seigneur. » Donnant ensuite l'indication d'un degré encore plus élevé, symbolisé par la deuxième prosternation qui vient, dans la prière rituelle, immédiatement après la première, il ajoute : « Quand l'orant est parvenu au degré de prosternation, anéanti à l'égard de l'existence, il se prosterne une deuxième fois afin d'anéantir son premier anéantissement. Cette prosternation est donc en fait un redressement intérieur. » La réalisation complète est alors celle de l'attitude assise qui suit l'accomplissement des deux prosternation précédentes, position intermédiaire où le gnostique rétablit le contact avec le monde des hommes tout en étant intérieurement « noyé » dans la contemplation de la Réalité divine.
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Faouzi Skali « Le souvenir de l'être profond, propos sur les enseignements d'un maître soufi, sidi hamza », éd. Le Relié, pages 97-99.  

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