Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 Marcel Clavelle – L’AGE SOMBRE [+ Annexes]

 

[Marcel Clavelle, Le Voile d'Isis, 1931.]


Nous avons eu à plusieurs reprises l’occasion de donner aux lecteurs du Voile d’Isis quelques aperçus de la doctrine traditionnelle des quatre âges du monde, à laquelle notre confrère Argos a consacré un de ses plus remarquables « Faits du Mois ». Si nous nous permettons de revenir aujourd’hui sur cette question, c’est parce que nous estimons que la théorie des cycles est seule susceptible de fournir une base sérieuse à une véritable philosophie traditionnelle de l’Histoire, et constitue véritablement une des « clefs » majeures de la connaissance.

Les essais d’histoire philosophique du genre humain qui ont été tentés depuis deux siècles sont pour ainsi dire tous faussés par cette funeste conception du « progrès indéfini » dont M. Guénon a montré l’origine et les méfaits dans un chapitre magistral d’« Orient et Occident ». C’est cette conception qui a amené un puissant penseur tel que Fabre d’Olivet à renverser l’ordre des quatre âges du monde admis par l’antiquité toute entière. C’est cette même conception enfin qui aveugla Saint-Yves d’Alveydre au point de lui faire écrire que, d’après les savants indiens, nous sommes arrivés au quatrième âge, l’âge d’or, le « Kali-Youg » saison des grandes moissons spirituelles, des grandes récoltes de tous les biens sociaux !

Il fallait vraiment tenir à sauvegarder la sacro-sainte théorie du progrès constant pour assimiler à l’âge d’or notre époque de matérialisme, de machinisme et d’arrivisme forcené.

Or la description que donnent de l’Age sombre, du Kali-Yuga, et surtout de la dernière période de cet âge les Livres Sacrés de l’Inde, s’applique d’une façon très précise et avec des détails surprenants à l’état actuel de l’humanité en général et plus particulièrement aux conditions du moderne Occident. Nous avons pensé qu’il ne serait pas inutile de reproduire ici pour l’édification de nos lecteurs... et de nos contradicteurs, les passages du Vishnu-Purâna se rapportant à cette question.

Après avoir remarqué qu’en ce temps-là (à la fin du quatrième âge) les barbares seront maîtres des bords de l’Indus, du Darvika et du Kashmir, le texte sacré continue en ces termes (1) :

« Tous ces monarques qui régneront sur la terre seront d’un caractère violent, étrangers à toute générosité, livrés à la fausseté et à la malice. Ils feront périr des femmes, des enfants et des vaches ; ils s’empareront des biens de leurs sujets ; ils s’élèveront rapidement et tomberont de même ; leur vie sera courte, leurs désirs seront insatiables, et ils ne manifesteront point de piété. Les peuples des divers pays qu’ils gouverneront suivront leur exemple, et les barbares étant puissants par suite de la protection des princes, tandis que les tribus plus pures seront négligées, le peuple périra. La richesse et la piété diminueront de jour en jour jusqu’à ce que le monde soit tout à fait corrompu. Alors la fortune conférera de la distinction (2) ; la passion sera le seul motif d’union entre les sexes, le mensonge sera la seule voie employée pour réussir en affaires. La terre ne sera respectée qu’à cause des trésors minéraux qu’elle renferme, la déloyauté sera le moyen universellement employé pour subsister ; l’arrogance et l’orgueil tiendront lieu de savoir ; une simple ablution sera regardée comme une purification suffisante ; des vêtements somptueux seront des dignités. Le plus fort sera le maître et exercera son pouvoir d’une manière très répréhensible (3) (Livre IV, ch. XXII). »

(1) Nos citations sont empruntées à la traduction publiée dans Les Livres Sacrés de toutes les religions sauf la Bible, traduits ou revus et corrigés par MM. Pauthier et G. Brunet. Paris, 1866.
(2) On sait que dans une société régulière, la richesse n’est jamais regardée comme une supériorité ; au contraire elle appartient surtout aux Vaishyas, c’est-à-dire à la troisième caste.
(3) Faute d’une autorité spirituelle pour le contrôler.

« Ecoute, Maitreya, l’explication de la nature de l’âge Kali, durant lequel toutes choses périssent et qui maintenant est tout près de nous.

« L’observation des castes, des lois et des institutions ne sera plus en vigueur dans l’âge Kali, et les cérémonies prescrites par les Védas seront délaissées. Les mariages ne seront plus conformes aux rites ; les devoirs des élèves envers leurs maîtres seront enfreints ainsi que ceux des maris et des femmes entre eux ; les offrandes faites aux dieux par le feu auront cessé. Un homme riche et puissant pourra, quelle que soit la famille où il aura vu le jour, épouser des filles de toutes les tribus (4). Les actes de pénitence qui pourront s’accomplir ne mèneront à aucun résultat. Chaque texte sera de l’Ecriture sainte pour ceux qui voudront en juger ainsi ; tous les dieux seront des dieux pour ceux qui les adoreront. L’abstinence, l’austérité, la libéralité pratiquées selon le caprice des individus constitueront alors la justice. L’orgueil de l’opulence sera enfanté par des possessions insignifiantes... Les femmes abandonneront leurs maris lorsqu’ils tomberont dans la pauvreté, et celui qui distribuera beaucoup d’argent sera le maître des hommes. Des trésors accumulés seront dispersés dans des vues d’ostentation. Les hommes dirigeront toutes leurs pensées vers l’acquisition de la richesse, et la richesse ne sera employée qu’à se procurer des plaisirs égoïstes. Les femmes ne suivront que leurs penchants et seront éprises du plaisir. Les hommes convoiteront l’opulence, fut-elle acquise par des moyens déshonorants. Nul ne voudra se défaire de la plus petite fraction de la plus petite monnaie, fut-elle sollicitée par un ami. Les hommes de tous les degrés s’imagineront présomptueusement être les égaux des Brâhmanes.

(4) Voir dans l’article de Mars 1929 de notre confrère Argos le passage relatif au mélange des sangs.

« Les jeunes gens, méprisant les règles qui président à la conduite des étudiants, liront les Védas. Les chefs de famille n’offriront pas de sacrifices et ne montreront pas de libéralité. Les solitaires vivront de la nourriture que leur donneront les paysans ; les princes dépouilleront leurs sujets au lieu de les protéger et,sous prétexte de lever des impôts, ils enlèveront aux marchands leur propriété. Dans l’âge Kali, quiconque aura des chariots, des éléphants et des chevaux sera un prince et quiconque sera faible sera esclave. Les Vaishyas abandonnant l'agriculture et le commerce, gagneront leur vie par la servitude ou par l’exercice de professions mécaniques. Les Shudras, cherchant dans la mendicité les moyens de vivre et prenant les marques extérieures de religieux mendiants, deviendront les partisans impurs des doctrines impies et hérétiques.

« Accablés par la famine et par le poids des impôts, les hommes abandonneront leur patrie et iront dans les pays où croissent des espèces grossières de grain. Le chemin des Védas étant abandonné et les hommes s’étant égarés hors de l’orthodoxie, l’iniquité prévaudra, et la durée de la vie diminuera en conséquence...Les hommes posséderont peu de sens, peu de vigueur ou de vertu ; ils périront ainsi dans une période très courte. A mesure que l’hérésie fera de nouveaux progrès, les sages pourront apprécier le développement de l’âge Kali. C’est proportionnellement à cette diminution du nombre des hommes pieux adhérents aux leçons des Védas, au relâchement des personnes attachées à la vertu, et au déclin du respect pour les professeurs des Védas que les sages constateront l’accroissement de l’influence de l’âge Kali.

« Alors les hommes égarés par des corrupteurs, cesseront d’adorer Vishnu, le seigneur du sacrifice, créateur et seigneur de toutes choses, et ils diront :« De quelle autorité sont les Védas? que sont les dieux et les Brahmanes? A quoi bon la purification avec l’eau? » Alors les nuages ne donneront que des pluies insuffisantes, les épis seront pauvres et le grain sans substance... ; la caste dominante sera celle des Shudras (5)... Les hommes dépourvus de raison et sujets à toutes les infirmités du corps et de l’esprit, commettront journellement des péchés ; toute chose impure, vicieuse et propre à affliger la race humaine naîtra dans l’âge Kali » (Livre VI, chap. I).

(5) Nous venons d’assister, avec le bolchevisme russe à l’avènement au pouvoir de cette quatrième caste.

Ces textes peuvent, pensons-nous se passer de tout commentaire. Il suffit de les citer pour que le lecteur averti en sente toute la justesse et en comprenne toute l’importance. Ajoutons que des textes analogues se retrouvent dans toutes les formes traditionnelles. Nous en avons déjà reproduit quelques-uns (6) et nous nous bornerons à donner aujourd’hui un fragment des traités attribués à Hermès Trismégiste, fragment qui, conçu dans un esprit assez différent de celui du Vishnu-Purâna, nous paraît néanmoins se rapporter à cette même fin de l’âge sombre, en dépit des commentateurs qui n’ont voulu y voir qu’une « suprême et douloureuse protestation du paganisme expirant contre l’inévitable destinée (7) », c’est-à-dire contre le triomphe du Christianisme. Voici la partie finale de cette page remarquable.

«... Alors, plein du dégoût des choses, l’homme n’aura plus pour le monde ni admiration ni amour. Il se détournera de cette oeuvre parfaite, la meilleure qui soit dans le présent comme dans le passé et l’avenir. Dans l’ennui et la fatigue des âmes, il n’y aura plus que dédain pour ce vaste univers, cette oeuvre immuable de Dieu, cette construction glorieuse et parfaite, ensemble multiple de formes et d’images, où la volonté de Dieu, prodigue de merveilles, a tout rassemblé dans un spectacle unique, dans une synthèse harmonieuse, digne à jamais de vénération, de louange et d’amour. On préférera les ténèbres à la lumière, on trouvera la mort meilleure que la vie, personne ne regardera le ciel.

« L’homme religieux passera pour un fou, l’impie pour un sage, les furieux pour des braves, les plus mauvais pour les meilleurs. L’âme et toutes les questions qui s’y rattachent, — est-elle née mortelle, peut-elle espérer conquérir l’immortalité ? — tout ce que je vous ai exposé ici, on ne fera qu’en rire, on n’y verra que vanité. Il y aura même, croyez-moi, danger de mort pour qui gardera la religion de l’intelligence. On établira des droits nouveaux, une loi nouvelle, pas une parole, pas une croyance sainte, religieuse, digne du ciel et des choses célestes. Déplorable divorce des Dieux et des hommes ! il ne reste plus que les mauvais anges, ils se mêlent à la misérable humanité, leur main est sur elle, ils la poussent à toutes les audaces mauvaises, aux guerres, aux rapines, aux mensonges, à tout ce qui est contraire à la nature des âmes. La terre n’aura plus d’équilibre, la mer ne sera plus navigable, le cours régulier des astres sera troublé dans le ciel. Toute voix divine sera condamnée au silence, les fruits de la terre se corrompront et elle cessera d’être féconde ; l’air lui-même s’engourdira dans une lugubre torpeur. Telle sera la vieillesse du monde, irréligion et désordre, confusion de toute règle et de tout bien.

« Quand toutes ces choses seront accomplies, ô Asclépios, alors le seigneur et le père, le souverain dieu qui gouverne l’unité du monde, voyant les moeurs et les actions des hommes, corrigera ces maux par un acte de sa volonté et de sa bonté divine ; pour mettre un terme à l’erreur et à la corruption générale, il noiera le monde dans un déluge, ou le consumera par le feu, ou le détruira par des guerres et des épidémies, et il rendra au monde sa beauté première, afin que le monde semble encore digne d’être admiré et adoré, et qu’un concert de louanges et de bénédictions célèbre encore le Dieu qui a créé et restauré un si bel ouvrage. Cette renaissance du monde, ce rétablissement de toutes les bonnes choses, cette restitution sainte et religieuse de la nature aura lieu après le temps fixé par la volonté divine et partout éternelle, sans commencement et toujours la même » (Discours d’initiation ou Asclépios, trad. Ménard).

(6) Voir nos articles de juillet et novembre 1929 dans cette revue.
(7) Louis Ménard, Etude sur l’origine des Livres Hermétiques.

On le voit, d’après le texte hermétique, l’âge sombre doit se terminer par une période de bouleversements suivie d’une restitution de toutes choses en leur état primitif, ce qu’exprime de son côté Nostradamus, dans son Epître à César lorsqu’il écrit que « selon les signes célestes, le règne de Saturne sera de retour que le tout calculé, le monde s’approche d’une anaragonique révolution ». Le Vishnu-Purâna précise que le Krita-Yuga, l’âge d’or, sera ramené par la dixième manifestation de Vishnu. Voici le passage qui s’y rapporte :

« Lorsque les pratiques recommandées par les Védas et les institutions de la loi auront presque cessé, et que le terme de l'âge Kali sera tout proche, une portion de cet être divin qui existe dans sa propre nature spirituelle sous le caractère de Brâhma, qui est le commencement et la fin, et qui comprend toutes choses, descendra sur la terre ; il naîtra dans la famille de Vishnouyasas, brahmane éminent, habitant le village Sambhala (8), et il se montrera sous la forme de Kalki (9), comme doué des huit facultés surnaturelles. Il détruira par son pouvoir irrésistible, tous les voleurs et les Mlechhas, et tous ceux dont l’esprit est dévoué à l’iniquité. Il rétablira la justice sur la terre, et les esprits de ceux qui vivent à la fin de l’âge Kali seront éveillés et deviendront aussi transparents que le cristal. Les hommes qui seront ainsi changés par la vertu de cette époque particulière, seront comme les semences des êtres humains, et donneront naissance à une race qui suivra les lois de l’âge Krita ou de l’âge de la pureté. Comme il est dit : « Lorsque le soleil et la lune et l’astérisme lunaire Tishya, et la planète Jupiter seront dans la même demeure, alors l’âge Krita reviendra (10). ».

(8) Faut il voir là une allusion au pays mythique de Shambala d'où doit sortir le Messie guerrier qu’attendent les Thibétains. (Voir à ce sujet le Voyage d'une Parisienne à Lhassa de Mme A. David Neel et notre article sur les deux Pontificats dans le N° spécial consacré aux Templiers, p. 602, en note.)
(9) Kalki, le
« cheval blanc »
dont il est également question dans l'Apocalypse et qui correspond au second avènement du Christ et au second messie de la tradition judaïque.
(10) C'est l'avènement de cet âge que demande chaque chrétien en prononçant ces mots de l’Oraison dominicale : « que votre règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ».

Nous laisserons à nos lecteurs le soin de calculer la date à laquelle correspond la conjonction indiquée par le Vishnu-Purâna, mais nous avons des raisons de penser que cette date est approximativement la même que celle qu’on peut trouver dans Nostradamus et aussi par les règnes des génies planétaires indiqués par Trithème dans son Traité des Causes secondes. Il convient toutefois de dire que Trithème, tout comme Nostradamus, a tendu des pièges à ses commentateurs.

Mais quels que soient les horizons qu’entrouvre à l’humanité l'espérance ou même la certitude du retour de l’Age d’or, nous devons, pendant quelques temps encore subir les conditions du Kali Yuga qui sont telles que la lumière spirituelle est voilée et les enseignements tenus cachés. Il ne faut pas s’étonner de la difficulté de trouver l’initiation au milieu d’un tel chaos matériel. Il est vrai que les « épreuves » de cette initiation sont facilitées par l’état même des conditions du Kali-Yuga (11) et il est écrit dans le Vishnu-Purâna : « Excellent, excellent est l’âge Kali !... Ecoutez et apprenez le motif qui m’a fait prononcer ces mots. Le fruit de la pénitence, de la continence, de la prière silencieuse et des autres actes vertueux pratiqués dans l’âge Krita pendant dix ans, dans l’âge Treta pendant un an, dans l’âge Dwapara pendant un mois, s’obtient en un jour et une nuit dans l'âge Kali... La récompense qu’un homme obtient dans l’âge Krita par la méditation abstraite, dans l’âge Treta par le sacrifice, dans l’âge Dwapara par l'adoration, il y arrive dans l'âge Kali rien qu’en prononçant le nom de Kesava. Dans l'âge Kali un homme déploie la vertu la plus éminente en se donnant fort peu de peine... Vraiment dans l'âge Kali, les devoirs imposés aux mortels sont accomplis avec une extrême facilité par les hommes dont les fautes sont toutes lavées par l’eau de leur mérite individuel, par des Shudras qui servent les Brahmanes avec zèle et par les femmes qui ne font que le faible effort d’obéir à leurs maris. C’est pourquoi j’ai trois fois exprimé l’admiration que me cause leur bonheur, car dans les autres âges l'accomplissement du devoir était une tâche rude et pénible. »

(11) Cf. Marquès-Rivière : Le Bouddhisme et la pensée occidentale. Lotus Bleu, août 1929.

Par cette sorte de compensation il se trouve qu’en dépit de la loi descendante des cycles, il est en somme fort peu important pour le sage d’accomplir son pèlerinage terrestre à un moment ou à un autre, puisque dans n’importe quel âge, il lui est loisible d’obtenir la seule chose nécessaire : la bienheureuse Délivrance finale.



M. Clavelle.

 

 

 

 

 

 

 

 

Annexe 1 : 

Citations diverses 

« Ô roi, tu regardais, et tu voyais une grande statue ; cette statue était immense, et d’une splendeur extraordinaire ; elle était debout devant toi, et son aspect était terrible. La tête de cette statue était d’or pur ; sa poitrine et ses bras étaient d’argent ; son ventre et ses cuisses étaient d’airain ; ses jambes, de fer ; ses pieds, en partie de fer et en partie d’argile. Tu regardais, lorsqu’une pierre se détacha sans le secours d’aucune main, frappa les pieds de fer et d’argile de la statue, et les mit en pièces. Alors le fer, l’argile, l’airain, l’argent et l’or, furent brisés ensemble, et devinrent comme la balle qui s’échappe d’une aire en été ; le vent les emporta, et nulle trace n’en fut retrouvée. Mais la pierre qui avait frappé la statue devint une grande montagne, et remplit toute la terre. »
(Livre de Daniel 2,31-35).

« Krita-Yuga (ou Satya-Yuga), Trêtâ-Yuga, Dwâpara-Yuga et Kali-Yuga, qui s’identifient respectivement à l’« âge d’or », à l’« âge d’argent », à l’« âge d’airain » et à l’« âge de fer » de l’antiquité gréco-latine. Il y a, dans la succession de ces périodes, une sorte de matérialisation progressive, résultant de l’éloignement du Principe qui accompagne nécessairement le développement de la manifestation cyclique, dans le monde corporel, à partir de l’« état primordial ». »
(R. Guénon – Le Roi du Monde, Chap. 8, Le Centre Suprême caché pendant le « Kali-Yuga »)

« L’or est le symbole de l’amour divin révélé aux hommes ; l’argent, par sa couleur blanche, désigne la sagesse divine ; l’airain ou le cuivre, l’or faux dénote l’amour dégradé ou la religion matérialisée ; le fer, par sa couleur d’un gris sombre, indique la sagesse pervertie et la vérité méconnue »
F. Portal - Traité des couleurs symboliques dans l'Antiquité, le Moyen-Âge, et les temps modernes (1837).

« De Purusha, le Brâhmana fut la bouche, le Kshatriya les bras, le Vaishya les hanches ; le Shûdra naquit sous ses pieds ».
(Rig-Vêda, X, 90).

« Remarquons à ce propos que l’organisation sociale du moyen âge occidental semble avoir été, en principe, calquée sur l’institution des castes : le clergé correspondait aux Brâhmanes, la noblesse aux Kshatriyas, le tiers état aux Vaishyas, et les serfs aux Shûdras. »
(R. Guénon – Le Roi du Monde, Chap. 2, Royauté et Pontificat)

« Vous êtes dans une époque où celui qui aura négligé le dixième de ce qu’il lui a été ordonné périra. Mais viendra un temps où celui qui aura fait le dixième de ce qu'il lui a été ordonné sera sauvé. »
(Hadith rapporté par Tirmidhi)

Harâm Ibn Hakîm rapporte de son oncle que le Prophète – Paix et bénédiction de Dieu sur lui – a dit : « Vous vivez à une époque où les savants sont nombreux, et où les lecteurs du Coran et ceux qui font des sermons peu nombreux, les mendiants sont rares et ceux qui donnent sont nombreux. L’œuvre accomplie en ce temps est meilleure que le savoir. Viendra un temps où ce sera l'inverse : les savants seront peu nombreux, ceux qui feront des sermons (les prédicateurs) seront en grand nombre, ceux qui donneront seront rares, et les mendiants seront nombreux. LE SAVOIR EN CE TEMPS SERA PLUS PRECIEUX QUE L'ACTION. »

(Rapporté par Tabarânî. Cité par al-Ghazâlî dans Le livre de la Science.)

« Cependant le temps aujourd’hui n’est pas le même qu’autrefois car il se rapproche de la demeure de l’au-delà. Le dévoilement se multiplie chez les hommes de notre époque. Les scintillements des lumières commencent à briller et à paraître. Les hommes de notre temps bénéficient aujourd’hui d’un dévoilement plus rapide, d’une vision plus fréquente, d’une connaissance plus abondante, d’une saisie plus parfaite des réalités supérieures, mais leurs oeuvres sont moins nombreuses que celles des hommes du temps jadis. Ceux-ci accomplissaient plus d’oeuvres et recevaient moins d’ouvertures spirituelles et de dévoilements car ils étaient plus éloignés de l’avènement de l’autre monde. Il faut excepter le temps des Compagnons gratifiés de la vision du Prophète - que Dieu répande sur lui la grâce et la paix - et de la descente sur lui, à chaque souffle, des esprits angéliques au milieu d’eux. Ceux d’entre eux qu’éclairait la Lumière divine avait cette vision, mais ils étaient un très petit nombre à l’instar d’Abû Bakr, de ‘Umar, de ‘Alî b. Abî Tâlib - Allâh les agrée - et de leurs semblables. La pratique l’emportait autrefois comme la science à notre époque et ce fait ne cessera de s’amplifier jusqu’à la descente de Jésus - sur lui la paix -, au point qu’une seule rak’a accomplie par nous aujourd’hui équivaut à l’adoration d’un homme d’autrefois toute sa vie durant. Le Prophète - que Dieu répande sur lui la grâce et la paix - a dit à ce sujet : ‘Celui d’entre eux qui oeuvrera recevra la récompense de cinquante hommes accomplissant des oeuvres comparables aux vôtres.’ Comme l’expression est excellente et subtile l’allusion. »

(Ibn ʿArabî, al-Isfâr ʿan natâ’ij al-asfâr)

 

Annexe 2

Compte rendu de livre par René Guénon


GASTON GEORGEL : Les Rythmes dans l’Histoire. (Éditions « Servir », Besançon.)
 
     Nous avons rendu compte de ce livre lorsque parut sa première édition (numéro d’octobre 1937) ; à cette époque, l’auteur, comme il l’indique du reste dans l’avant-propos de la nouvelle édition, ne connaissait presque rien des données traditionnelles sur les cycles, si bien que c’est en somme par une heureuse rencontre qu’il était arrivé à en retrouver quelques-unes en partant d’un point de vue tout « empirique », et notamment à soupçonner l’importance de la précession des équinoxes. Les quelques remarques que nous fîmes alors eurent pour conséquence de l’orienter vers des études plus approfondies, ce dont nous ne pouvons certes que nous féliciter, et nous devons lui exprimer nos remerciements de ce qu’il veut bien dire à ce sujet en ce qui nous concerne. Il a donc modifié et complété son ouvrage sur de nombreux points, ajoutant quelques chapitres ou paragraphes nouveaux, dont un sur l’historique de la question des cycles, corrigeant diverses inexactitudes, et supprimant les considérations douteuses qu’il avait tout d’abord acceptées sur la foi d’écrivains occultistes, faute de pouvoir les comparer avec des données plus authentiques. Nous regrettons seulement qu’il ait oublier de remplacer par les nombres exacts 540 et 1080 ceux de 539 et 1078 ans, ce que semblait pourtant annoncer l’avant-propos, et d’autant plus que, par contre, il a bien rectifié en 2160 celui de 2156 ans, ce qui introduit un certain désaccord apparent entre les chapitres qui se rapportent respectivement à ces divers cycles multiples l’un de l’autre. Il est quelque peu fâcheux aussi qu’il ait conservé les expressions d’« année cosmique » et de « saison cosmique » pour désigner des périodes d’une durée beaucoup trop restreinte pour qu’elles puissent s’y appliquer véritablement (celles précisément de 2160 et de 540 ans), et qui seraient plutôt seulement, si l’on veut, des « mois » et des « semaines », d’autant plus que le nom de « mois » conviendrait en somme assez bien pour le parcours d’un signe zodiacal dans le mouvement de précession des équinoxes, et que, d’autre part, le nombre 540 = 77 × 7 + 1 a, comme celui de la septuple « semaine d’années » jubilaire (50 = 7 × 7 +1) dont il est en quelque sorte une « extension », un rapport particulier avec le septénaire. Ce sont là d’ailleurs à peu près les seules critiques de détail que nous ayons à formuler cette fois, et le livre, dans son ensemble, est fort digne d’intérêt et se distingue avantageusement de certains autres ouvrages où s’étalent, à propos des théories cycliques, des prétentions beaucoup plus ambitieuses et assurément bien peu justifiées ; il se borne naturellement à la considération de ce qu’on peut appeler les « petits cycles » historiques, et cela dans le cadre des seules civilisations occidentales et méditerranéennes, mais nous savons que M. Georgel prépare actuellement, dans le même ordre d’idées, d’autres travaux d’un caractère plus général, et nous souhaitons qu’il puisse bientôt les mener également à bonne fin.

( René Guénon, Formes traditionnelles et Cycles cosmiques, René Guénon, éd. Gallimard, 1970)

Tag(s) : #Marcel Clavelle - Jean Reyor