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Frithjof Schuon - « La machine tend à faire de l'homme ce qu'elle est »

Il est difficile de nier, quand on est encore sensible aux normes véritables, que la machine tend à faire de l'homme ce qu'elle est ; qu'elle le rend saccadé, brutal, vulgaire, quantitatif et stupide comme elle, et que toute la "culture" s'en ressent. C'est ce qui explique en partie le "sincérisme" et la mystique de l' "engagement" : il faut être "sincère" parce que la machine n'a pas de mystère et qu'elle est incapable de prudence autant que de générosité ; il faut être "engagé" parce que la machine n'a de valeur que par ses productions, ou parce qu'elle exige une surveillance constante et même un véritable "don de soi" (1) et qu'elle dévore ainsi l'homme et l'humain ; il faut s'abstenir, en art et en littérature, de "complaisance", parce que la machine n'en fait pas et que sa laideur, son vacarme et son implacabilité se confondent, dans l'esprit de ses esclave et de ses créatures, avec la "réalité" ; et surtout, il ne faut pas avoir de Dieu, parce que la machine n'en a pas ou qu'elle usurpe elle-même ce rôle (2).

(1) Si l'on objecte qu'il en était de même des métiers anciens, nous répondrons qu'il y a là une notable différence du fait que ces métiers avaient un caractère proprement humain et partant contemplatif et que, de ce fait, ils ne comportaient ni l'agitation, ni l'écrasement propre au machinisme.
(2) Nous préciserons qu'en parlant de « Dieu », nous avons en vue, non un concept qui serait contraire — ou en tant qu'il serait contraire — au Bouddhisme, mais la Réalité « nirvânique » qui est sous-jacente à tous les concepts traditionnels de l'Absolu, laquelle s'exprime d'ailleurs dans le Mahâyâna par le Dharmakâya universel, ou en d'autres termes, par l'Adi-Buddha : Amitâbha (Amida) ou Vairochana (Dainichi), suivant les écoles.

[Frithjof Schuon, La Transfiguration de l'homme, p. 21.]

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