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J.-L. Michon –  Sur la Çalât (prière canonique)

« Bien que ce ne soit pas la place ici d’analyser en détail les gestes et les formules, coraniques pour la plupart, qui font de la prière un dhikr complet, entraînant la sacralisation du corps et la concentration de l’âme, on ne peut passer sous silence le rôle que jouent dans l’ordonnancement du rituel les deux conditions de l’existence terrestre : temps et espace. Dite cinq fois par jour – à l’aube, à midi, au milieu de l’après-midi, au coucher du soleil et la nuit tombée – la prière rythme la vie entière de l’individu, de la puberté à la mort ; elle impose dans la durée, par son continuel renouvellement, la marque d’un instant unique, celui où fût scellé le Pacte (mîthâq) primordial d’adoration des âmes envers leur Seigneur. Une même réduction à l’unité s’opère dans la condition spatiale : l’orant commence sa prière debout, dans la station verticale qui est propre à l’homme, « lieutenant de Dieu sur terre » (Coran II, 30 et passim) doté lors de sa création « de la plus belle stature » (XCV, 4). Chaque fidèle se trouve ainsi érigé en pontife et placé comme un axe vers lequel Dieu fait descendre sa Faveur et la répand sur la terre. Quant à l’orientation horizontale donnée par la qibla, la direction de la Mecque, elle opère le regroupement symbolique de tous les croyants au lieu où Abraham édifia un temple au Dieu unique, temple qui est sur terre la trace concrète de l’axis mundi. » 

[J.-L. Michon ; Lumières d’Islam, institutions, art et spiritualité dans la Cité islamique.]

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