Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

A. K. Coomaraswamy : « PATERNITÉ SPIRITUELLE »  ET  « PUPPET COMPLEX »

[Titre original : « Spiritual Paternity » and the « Puppet-complex », publié dans Psychiatry, numéro d’août 1945.]

 

« PATERNITÉ SPIRTUELLE » ET « PUPPET COMPLEX »

 

 

« Celle-ci sont vraiment les idées de tous les hommes à toute époque et en tout pays, elles ne viennent pas de moi. Si elle ne sont pas autant vôtres que miennes, elles ne sont rien, ou presque rien. »

Walt WHITMAN

 

 

Cette étude a un but méthodologique ; elle veut principalement suggérer que l'anthropologue a trop tendance à isoler les caractère distinctifs des « primitifs » – Naturvölker – et qu'il néglige ainsi la possibilité ou la probabilité que ces particularités ne soient pas d'origine locale, mais ne représentent que des survivances provinciales ou périphériques de théories détenues par certaines civilisation desquelles les peuples « primitifs » ont pu descendre.

Prenons pour premier exemple la croyance en une paternité spirituelle chez les peuples d'Australie et du Pacifique. Le sujet est si bien connu des anthropologues qu'il suffira de citer un article du Dr M.F. Ashley Montagu
(1), qui note que « pratiquement partout en Australie... les rapports sexuels sont associés à la conception, mais non comme une cause de la conception ou de la naissance(2)... Plus exactement, l'on croit qu'un enfant-esprit est entré en elle... c'est la doctrine officielle de la conception spirituelle qui se dessine dans une large mesure dans leur pensée... les relations sexuelles servent à préparer la femme à l'entrée de l'enfant-esprit. » Plus loin, se référant aux données de Roheim, le professeur Montagu fait la remarque suivante : «  Il semblerait probable qu'avant l'initiation à l'interprétation sociale de la nature des choses, l'indigène croie que les relations sexuelles sont en relation étroite avec la naissance ; toutefois, quand il a été initié aux enseignements traditionnels, il découvre que son savoir élémentaire d'autrefois était incomplet, et il substitue graduellement à une forte croyance en la reproduction matérielle, une autre, en faveur d'une reproduction spirituelle. »

Remarquons dans ces citations les mots « associés à... mais non comme une cause », « doctrine officielle », et « enseignements traditionnels ». Avant d'aller plus loin, il faudrait noter qu'être capable de distinguer un « post-hoc » d'un « propter hoc » (une concomitance d'une cause) est la marque d'un développement intellectuel assez considérable. Ce n'est pas en tout cas la seule preuve que l'on ait de l' « intellectualité » des aborigènes d'Australe. Mais pourquoi attribuer à ce peuple plutôt qu'à d'autres le fait d'avoir inventé, à un moment donné, sa « doctrine officielle » ? Ou devrait-on chercher l'explication d'un phénomène tel que l'universalité du motif des Symplégades dans l'idée d'un « dénominateur commun » ? De la même façon, on pourrait aussi bien expliquer la parenté des formes verbales à l'intérieur des langues d'une même famille qu'essayer d'expliquer la distribution des idées similaires !

Dans le Pacifique, l'idée de la conception spirituelle n'a rien d'un phénomène isolé. Dans la littérature canonique bouddhiste, par exemple, il est explicitement déclaré que trois conditions sont nécessaires à la conception : l'union du père et de la mère, la pérode de fécondité de la mère, et 
la présence du Gandharva(3) – l'Éros divin et solaire. Le Gandharva correspond ici à la Nature divine, que Philon d'Alexandrie appelle « la cause suprême, première et véritable » de la génération, alors que les parents sont purement et simplement des causes concomitantes(4) ; il correspond aussi à la « Nature toujours productive » de Platon(5), et au « Père » de saint Paul, ex quo omnis paternitas in coelis et terra nominatur(6). Il serait difficile de distinguer ces formulation de celles des aborigènes d'Australie, avec leur « doctrine officielle » initiatique, dans laquelle les rapports sexuels sont associés à la conception, mais non en tant que cause. Il serait également difficile de distinguer la doctrine australienne de celle d'Aristote selon laquelle « l'homme et le Soleil(7) engendrent l'homme » (8), ou de la désignation du Soleil (7) selon Dante : une lumière fertile, « père de toute vie mortelle », dont les rayons brillants permettent à chacun de dire Subsisto(9), « J'existe ». De même, ces formulations correspondent à ce qui est dit dans le Śatapatha Brāhmana : c'est dans la mesure où il a reçu un « baiser » – ou le souffle – du Soleil (7) que chaque enfant des hommes peut dire « Je suis » (asmi) ou, d'après le commentateur, « acquiert un moi »(10). Par ailleurs, la distinction que font les Australiens entre la seconde et la première cause de la conception, a un équivalent dans le Jaiminīya Upaniṣad Brāhmana : « Quand le père (humain) l'émet ainsi en tant que semence dans la matrice, c'est en réalité le Soleil qui l'émet en tant que semence dans la matrice (…) et c'est pour cela qu'il est né : après cette semence, ce souffle. »(11) On ne peut, en réalité, distinguer celui « qui dépose la semence dans les plantes, dans les vaches, dans les juments et dans les femmes »(12), du « Soleil » de Dante, ou de l' « esprit fertile » des « primitifs ».

Pour être plus exact : « Ne dis pas : à partir de la semence, mais : à partir de ce qui est vivant (en elle) »
(13) ; c'est-à-dire « Celui qui est présent dans (tiṣṭhan = instans) la semence – mais que la semence ne connaît pais – et dont semence est le corps (le véhicule) – est l'Immortel »(14) ; « c'est ce Soi spirituel et prescient (prajñātman, le Soleil)(15) qui saisit et dresse la chair »(16). Ce qui, en termes chrétiens, revient à dire : « La Lumière est la puissance engendrante. »(17) « Présent dans la semence », par exemple, a son équivalent chez saint Thomas d'Aquin : « La puissance de l'âme, qui est dans la semence par l'Esprit inclus en elle, façonne le corps »(18), et ainsi « la puissance de la génération appartient  à Dieu »(19), et, comme le dit Schiller, « Es ist der Geist der sich den Körper schaft »(20).

De même, saint Bonaventure écrit : "Il ne peut y avoir de génératon dans la matière produite et corruptible, conformément aux principes de reproduction, si ce n'est avec l'aide de la lumière des corps suprécélestes qui se perpétue par la génération et la corruption, de même que par le Soleil, la Lune et les étoiles"
(21) ; et Djalāl-al-Dīn Rūmī : « Quand le temps vient pour l'embryon de recevoir l'esprit vital, le Soleil lui vient alors en aide : il le met en mouvement en le dotant immédiatement  d'un esprit. Cet embryon ne recevait qu'une impression des autres étoiles, jusqu'à ce que le Soleil rayonnât sur lui. Par quelle voie devint-il relié au Soleil dans la matrice ? Par la voie secrète qui est étrangère à notre perception sensible. »(22)

On pourrait citer encore plus de matériaux provenant d'autres sources, des Indiens d'Amérique, par exemple, dont les mythologies expriment la virginité par la « non-atteinte du Soleil ». Mais il en a été dit assez pour montrer qu'il y a, ou qu'il y avait, un accord plus ou moins général sur le « Spiritus est qui vivificat, caro non prodest quicquam »(23) ; et, même actuellement, beaucoup pourrait tenir compte du commandement : « Et ne donnez à personne sur la terre le nom de Père ; car vous n'avez qu'un seul Père, Celui qui est dans les cieux. »(24) Il serait difficile de voir une distinction essentielle entre les paternités sociale et spirituelle, et la « doctrine officielle » des aborigènes d'Australie.

Il me semble que l'on ne peut prétendre avoir envisagé leurs « enseignements traditionnels » dans leur véritable perspective si l'on ignore leur universalité. En tout cas, aussi longtemps que leurs croyances seront considérées comme quelque chose d'étrange et de particulier, ou comme le produit d'une mentalité étrangère, la question : « Comment des types d'homme aussi nombreux et différents ont-ils pu penser de la même manière ? » sera, de même, éludée. Et n'est-ce pas une question de l'intérêt le plus absorbant, et la plus essentiellement « anthropologique » ? S'il est vrai, comme le dit Alfred Jeremias, que les différentes cultures humaines ne sont réellement que les dialectes d'un même langage spirituel
(25), il convient alors, pour celui qui étudie l'homme, de se demander quand, et où, ce langage spirituel peut avoir pris naissance. En tout cas, il sera bien plus facile de comprendre la culture d'un autre peuple, de reconnaître son caractère humain, et de penser avec lui au lieu de penser sur lui ou pour lui, si seulement celui qui l'étudie se rend compte que sa « doctrine officielle » est la même que celles qui ont été longtemps admises et qui survivent, même maintenant, dans son propre entourage !

Un second exemple est celui du « complexe de la marionnette » (« puppet complex »). Le Dr Margaret Mead emploie cette expression dans son  exposé sur le caractère balinais : « La marionnette animée, la poupée qui danse sur une corde, les marionnettes en cuir mues par l'artiste, et finalement les petites danseuses en transe, qui elles-mêmes deviennent extrêmement souples et délicates lorsqu'elles dansent sur les indications du public, tout cela exprime cette idée homogène d'apprentissage involontaire dans lequel ce n'est pas la volonté de l'apprenti qui prévaut, mais les conditions environnantes et la manœuvre de l'instructeur. » Elle évoque ensuite « la conception d'un corps composé de parties séparées et indépendantes (...), l'idée que le corps, juste assemblé aux articulations, ressemble à une marionnette. »
(26) L'on donne à entendre que ce sont des particularités spécifiquement balinaise. Bien que l'observation ne soit rattachée à aucun principe directeur, et ainsi incomplètement comprise, elle est excellente en elle-même : car il est rendu compte que la relaxation de la danseuse semblable à une marionnette est celle d'un élève obéissant qui serait guidé, non par sa propre volonté, mais par celle d'un maître. On ne peut que rappeler les mots du Christ : « Je ne fais rien de moi-même », et « Non pas ma volonté, mais la Vôtre. »(27) Boehme disait aussi : « Tu ne feras rien, sinon renoncer à ta propre volonté, c'est-à-dire à ce que tu appelles « moi » ou « toi-même ». Ainsi ce qui chez toi est mauvais s'affaiblira, sera défaillant et prêt à mourir ; puis tu réintégreras cette unique chose, de laquelle tu as pris ton origine. »(28) En fait, la danseuse ne « s'exprime » pas, car elle est une artiste complète, inspirée, entheos ; son état est très exactement décrit comme une transe ou une extase. L'ensemble des actes est une traduction artistique du principe fondamental de la soumission.

En réalité, ce « complexe », cette « fantaisie », ou cette « notion » – termes qui sont employés avec trop de condescendance –, n'est rien de particulièrement balinais, mais, tout aussi typiquement indien que platonicien, il est presque certainement d'origine indienne à Bali, comme, en Europe, il dérive de Platon et d'Aristote. Il se rattache, en outre, à deux doctrines qu'il implique, celle de 
Līlā(29) et celle du Sūtrātman (30), et au symbolisme traditionnel du théâtre(31). Platon voit dans les marionnettes (thaumata) et dans leurs gestes automatiques un exemple typique du merveilleux (to thaumazein) qui est la source ou le commencement de la philosophie : c'est « en ce qui concerne le meilleur en nous que nous sommes réellement les jouets de Dieu », et que nous devons danser en conséquence, n'obéissant qu'au contrôle de cette unique corde par laquelle la marionnette est suspendue par le haut, et non aux tractions opposées et irrégulières par lesquelles les choses extérieures traînent chacun de long en large, selon ses préférences et ses antipathies(32). Car, comme dit aussi Philon, « nos cinq sens », avec ensemble les pouvoirs de parole et de génération, « sont tirés, comme dans les spectacles de marionnettes, par les cercles du Directeur (êgemonikos)(33), ici se reposent, là se meuvent, chacun dans les attitudes et les gestes qui leur sont propres. »(34) Pour une marionnette, se tenir comme elle veut serait en fait contre nature ; les mouvements causés par les désirs personnels ne sont pas libres, mais gratuits et désordonnés. Or, le « Noûs ne se trompe jamais »(35), et « le Daimon me détourne toujours de ce que ''je'' veux faire, et jamais ne m'exhorte »(36) ; et la vérité du Noûs, contrairement à celle de l'homme Socrate, est irréfutable(37).

Le Dr Margaret Mead mentionne les articulations des marionnettes, et celles-ci doivent être en fait considérées comme les pignons d'un mécanisme dont les épingles sont des axes
(38). Mais, le plus important dans le symbolsme de la marionnette, est le fil sur lequel ses partes sont tendues et sans lequel elle tomberait inanimée, ce qui se passe effectivement lorsque quelqu'un « rend l'âme » à l'heure du « dénouement ». L' « idée que le corps est comme une marionnette » ne dépend pas purement et simplement d'une ressemblance extérieure, mais plutôt de la relation avec le fil ou les fils directeurs que contrôle la main du marionnettiste, comme les guides tenues par le conducteur d'un véhicule. « Souviens-toi que celui qui tire le fl de cet Être caché en nous : c'est lui qui provoque notre parole, qui est notre parole, notre vie, c'est lui qui est l'Homme (...) quelque chose de plus divin que ces passions qui nous rendent littéralement semblable à des marionnettes, et rien d'autres ».(39)

Cette analogie est ainsi formule dans le Mahābhārata :
« Les gestes de l'homme sont dirigés par un autre, comme ceux d'une poupée en bois suspendues à un fil. »
(40) C'est alors que l'on pose la question : « Connais-tu ce Fil par lequel ce monde et l'autre, et tous les êtres, sont rattachés, et ce Maître caché qui les contrôle de l'intérieur, de sorte qu'ils se meuvent comme une marionnette en s'acquittant de leur fonctions respectives ? »(41) ; ou, pour poser la même question en d'autres termes : « Connais-tu Celui "questi nei cor mortali è permotore" ?(42), "questi la terra in se stringe" ? »(43) « De jolies pièces de bois nouvellement peinte, liées par des fils et des épingles... c'est à cela que ressemblent nos membres. »(44) « Qui fit cette poupée (en bois) ? Où est son fabricant ? D'où vient-elle ? Comment périra-t-elle ! »(45) Le réponses à ces questions ont été données depuis longtemps : « Le Soleil est le point d'attache auquel ces mondes sont liés... Il relie ces mondes à lui-même par un fil, le fil du Souffle (Vāyu). »(46) C'est ainsi que « tout cet univers est rattaché à Moi, comme des rangées de perles sur un fil »(47) ; et : « En vérité, celui qui connaît ce fil, et le Maître caché qui de l'intérieur contrôle ce monde-ci et l'autre et tous les êtres, il connaît Brahma, il connaît les dieux, les Vêdas, l'Être, le Soi et toute chose. »(48) C'est cela l'arrière-plan du « puppet-complex » des Balinais, sans lequel on ne peut dire avoir expliqué son « caractère », si scrupuleusement qu'il ait pu être observé(49).

Les marionnettes semblent se mouvoir d'elles-mêmes, mais elles sont, en réalités actionnées et contrôlées de l'intérieur par le fil auquel elles sont suspendues par le haut, et elles ne bougent intelligemment qu'en obéissant à cette lasse : et c'est par cet automatisme, ou cette apparence de libre volonté et de mouvement autonome, que la marionnette ressemble le plus à l'homme. Les marionnettes sont des « automates », oui ; mais en fait, pas plus que tout autre machine incapable de se mouvoir sans une puissance placée en elle, ou continuellement transmise en elle par un principe intelligible distinct d'une ou de toutes ses parties mobiles
(50). Si elles pouvaient aussi parler le langage de la philosophie traditionnelle, elles diraient : « Ce n'est pas mon moi, celui de ces parties en bois, mais un autre Moi autre, le Soi de toutes les marionnettes, qui me fait agir ; et si je semble me déplacer de ma propre volonté, ce n'est vrai que dans la mesure où je me suis identifiée, avec mon être et ma volonté, au Marionnettiste(51) qui me créa et me fat agir. » Les automates construits par les hommes sont imités des créations des artisans mythiques (dêmiourgoi), comme Maya, Héphaïstos, Dédale, Regin ; et si l'on sait ce qu'il représentent, il doit toujours s'imposer à l'esprit comme une certitude que cet « automatisme », qui, de nos jours, implique tout simplement un réflexe involontaire, avait, à l'origine, une signification exactement opposée, celle « d'agir de sa propre volonté » ou celle de « se mouvoir par soi-même »(52). Les « portes automatiques » de Janua Coeli(53), les Symplégades en général, et leurs portiers « automatiques », seront mal interprétés si l'on ne devine pas qu'ils sont « vivants » – animation qui est explicitement, dans l'iconographie de la porte du Soleil, par la représentation de portes ailées sur les sceaux babyloniens.

Nous sommes maintenant en mesure de comprendre le mythe transparent de la Cité des Automates en Bois du 
Kathā Sarit Sāgara(54). Là, le héros, Naravāhanadatta – litt. "Théodore" –, découvre une cité merveilleuse (āścaryam puram) dans laquelle l'ensemble des citoyens (paurajanam) est composé de machines en bois ou automates (kāṣṭha-maya-yantram), qui se conduisent tous comme s'ils étaient vivants (ceṣṭamānam sajīvavat)(55), bien que leur manque de parole indique qu'ils sont sans vie ; et ceci provoque son étonnement (vismayan = thuma)(56). Il pénètre dans le palais et voit un homme avenant (bhavyam(57) puruṣam) placé sur un trône et entouré d'hommes armés et de gardiennes ; en ce lieu, seul cet homme est conscient (ekakam cetanam)(58), et cause le mouvement du peuple insensible, « exactement comme l'Esprit guide les pouvoirs de perception et d'action », indriyāṇām ivātmānam adhiṣṭhātṛtayā sthitam(59). Répondant aux questions, le Roi explique que lui, Rājyadhara – le pouvoir royal –, est l'un des deux fils du Roi Bahubala - « Bras-fort » - et que son frère Prāṇadhara – le pouvoir pneumatique –, ayant volé le trésor de son père et joué sa fortune, ils ont fui tous les deux. « Nous sommes tous deux menuisiers » (51), « experts dans la fabrication d'objets ingénieux en bois et autres automates – ou machines – comme ceux produits par Maya », takṣanau... māyā-praṇīteva darvādi-maya-yantra-vicakṣanau(60). Rājyadhara continue en disant : « J'ai finalement découvert cette cité vide (śūnyam puram) et je suis entré dans le palais. Là, au cœur du palais, il est nourri par d'invisibles mains : et « tous ces automates (yantra) ne sont pas seulement le produit de mon imagination, car je les ai créés. C'est par la volonté de la Providence que moi, simple menuisier, je suis venu ici et que je goûte le jeu du roi, comme un Dieu, seul avec moi-même », ihāgatya takṣāpi devaikāki karomy aham rājño līlāyitam(61).

Nul ne doutera, si la psychologie indienne ou grecque lui est vraiment familière, que la Cité des Automates en Bois soit, dans l'ordre macroscopique, l'homme – l'homme dont la « personnalité », puru-ṣa, est ainsi nommée par le fait qu'il est cit-oyen dans chaque « corps » pol-itique
(62). Le « palais doré » est le « cœur » de la « Cité dorée », le centre à partir duquel sont dirigées toutes ses opérations. Pour Rājyadhara, ses serviteurs – les pouvoirs psychiques de perception et d'action – apportent, comme les sujets des rois terrestres, toute sorte de nourriture dont se nourrit l'Esprit lorsqu'il vient ainsi manger et boire(63). Que sa nourriture de toute sorte soit ainsi servie par d'invisibles mains, et qu'il repeuple une Cité Vide (śūnyam puram), est  un souvenir qu'en réalité il est le « Riche Roi » d'un « Château du Graal ». En tant que « seul être conscient » dans la Cité des Automates en Bois, Rājyadhara correspond au « Seul Penseur, ton Soi, le Maître caché, immortel » des Upaniṣads(64). Le « vol » originel dont il est fait mention est celui des sources de la vie, le rapt du Soma des Indiens et le vol du feu commis par le Prométhée des Grecs ; ce n'est que par un tel « vol » que le monde a pu recevoir la vie, mais il entraîne nécessairement la séparation, ou l'exil, des principes immanents de leur source transcendante. Rājyadhara parle justement de lui-même comme d'un Dieu.

Si l'on pouvait douter que ce fût le sens réel de l'histoire de la Cité Dorée (hemapura), ou que cela pourrait être évident pour presque tout auditeur indien, ce doute peut être dissipé, non seulement par une réflexion sur les rédactions parallèles des passages scripturaux déjà cités, mais aussi par la comparaison avec le 
Tripurā Rahasya(65), où il est encore question d'une « cité » et de ses citoyens. Il y est dit que le Voyageur ou l'Acteur (pracāra)(66), bien que seul, « se multiplie, se manifeste comme cité avec ses citoyens et les imprègne tous, les protège et les maintient », et que « sans lui, ils seraient tous dispersés et perdus comme des perles sans la chaîne du collier »(67) ; il est parfaitement clair que, comme le texte l'explique ensuite, le Voyageur est le Souffle ou la Vie – prāṇa – et la cité, le corps, dont les parties sont reliées à Lui.

Toutes ces formulations, en outre, éclaircissent les sens du terme sūtra-dhāra : metteur en scène, menuisier ou architecte ; car ils sont un seul et même in divinis, et pour le jeu de marionnettes, ils peuvent être un seul et même homme. L'on n'a pas à supposer, avec Pischel
(68), que le théâtre indien provient d'un jeu de marionnettes d'origine inconnue et, d'autre part, que le sūtra-dhāra est un « menuisier » simplement parce qu'il porte un cordeau sur lui. Les origines du théâtre et de l'architecture sont mythiques, et les deux sont également des « imitations » d'archétypes divins(69). C'est parce que le Créateur universel, Viśvakarmā - tout comme l'artiste qui fabrique ses « jouets », comme les appelles Platon, ou comme le Conducteur qui les dirige – est « Celui qui tient tous les fils » (viśva-sūtra-dhṛk)(70), que l'artiste humain et le metteur en scène sont, à la ressemblance et à l'mage de Dieu, également des « teneurs de fils »(71).

Il en a été dit assez pour montrer que la doctrine de la « paternité spirituelle » n'est pas particulière aux îles du Pacifique et à l'Australie, et que ce qui est appelé « puppet-complex » n'est pas spécifiquement balinais ; assez aussi pour montrer que la « doctrine officielle » australienne est plus une formulation intellectuelle qu'une preuve d'ignorance
(72), et que l'expression « complexe », qui suppose une psychose, est tout à fait inappropriée pour désigner ce qui est, en réalité, une théorie métaphysique. De telle formulation ne pourront être évaluées correctement, ou envisagées dans leur perspective véritable, tant qu'elles seront étudiées en tant que phénomènes purement locaux et expliquées dans un sens évolutionniste ou psychologiste, d'après l'environnement dans lequel elles ont été observées. Elles ne pourront l'être que si elles sont reliées à l'ensemble de l'horizon spirituel et culturel dans lequel elles s'intègrent naturellement, et dont elles ne peuvent être que des « superstitions » secondaires, dans le sens strictement étymologique de ce terme excellent en lui-même, mais dont on a trop abusé(73). Celui qui étudie les "croyances primitives" et le "folklore" doit être, s'il ne veut pas trahir sa vocation, moins un psychologue, dans le sens courant du terme, qu'un théologien et un métaphysicien accomplit.

Ces considérations générales sont également de la plus haute importance si l'on veut que l'anthropologie aboutisse à quelque chose de plus qu'à la satisfaction de notre curiosité. C'est-à-dire qu'elle profite aux hommes en leur permettant de se comprendre, et même de penser avec les autres, plutôt que de les considérer comme des étrangers. Marsile Ficin, Maître Eckhart, William Law et Hāfīz, par exemple, pensent de la même façon quand ils emploient le symbole du hameçon avec lequel le Roi Pêcheur pêche sa proie humaine
(74) ; le Celte pense avec le Bouddhiste quand il déclare : « Celui qui veut être Chef, celui-là doit être le Pont »(75). L'Australien pense exactement comme le Christ lorsque, initié, il déclare que « nul homme n'est père sur terre ». Et d'après ce que nous avons indiqué précédemment, il y a aussi une analogie entre l'observation de Margaret Mead : « souple et délicat », l'expression de Jacob Boehme : « faible, défaillant et prêt à mourir », et le fait que « toute Écriture revendique avec insistance la libération de soi-même ». C'est parce qu'ils adoptent ce point de vue, qui répugne tant à la mentalité moderne, que les membres des sociétés traditionnelles et « entières » ne semblent pas encore distingués de leur environnement. Et l'ironie de la situation est que les prolétaires d'aujourd'hui, pour lesquels les notions d'individualité et d'expression de soi-même sont si importantes, sont eux-mêmes, de tous les peuples, le moins individualisé et le plus semblable au troupeau(76).

Une civilisation telle que la balinaise est si totalement façonnée et pénétrée par l'héritage de sa « doctrine officielle » qu'un comportement « correct » ou « orthodoxe », dans une situation donnée, est devenu une seconde nature : il n'est plus nécessaire de se rappeler les règles du jeu, car l'habitude de l'art de vivre est maintenant prise
(77). En renonçant à sa propre volonté, c'est-à-dire à ce que tu appelles « moi » ou « toi-même », la danseuse balinaise, dans son ravissement extatique, n'est pas un produit de quelque "complexe" spécifiquement banlinais, mais une manifestation de la Philosophia Perennis.

D'après Platon, c'est en vertu de « ce qu'il y a de meilleur dans les êtres humains » qu'ils sont réellement les jouets de Dieu. Et cette idée que « leur » vie est en réalité un amusement divin, dans lequel leur part n'est libre et active que dan la mesure où leur volonté se fond avec celle de Qui joue le jeu, est l'un des plus profonds discernement de l'homme.

Comme le déclare Djalāl-al-Dīn Rūmī : « Qui n'a cédé sa volonté, n'a pas de volonté ». Angelus Silesius dit de même :


Dieses Alles ist ein Spiel, das Ihr der Gottheit macht :
Sies hat die Kreatur um ihretwillen gedacht
(78)
.

Quiconque accepte ce point de vue sentira qu'il doit agir en conséquence ; et, comme l'impliquent les expressions « marcher avec Dieu », theô xunopadein (Platon) et le sanskrit brahmacarya, c'est, pour la marionnette, la Voie véritable. L'autre terme de l'alternative est une soumission passive aux tractions des passions maîtresses, ainsi nommées à bon droit lorsqu'elles deviennent les éléments qui déterminent la conduite
(79). « Devoir » est exprimé en grec par dei, de deô, lier, de la racine desmos, c'est-à-dire le « lien » par lequel, comme l'écrit Plutarque, Apollon lie (sundei) toutes les choses à lui-même et les ordonnes(80). Ce lien est précisément le « fil d'or » platonicien par lequel la marionnette doit être guidée, si elle joue son rôle, évitant les mouvements discordants qui sont provoqués par ses propres désirs ; et la « bride » avec laquelle les coursiers impétueux doivent être contrôlés pour ne pas qu'ils s'égarent. C'est le fil auquel on doit se tenir fermement, si l'on veut jouer le jeu intelligemment et spontanément, ou « automatiquement ».

Le Tripurā Rahasya
(81) esquisse un état idéal, c'est-à-dire une Utopie typiquement indienne, mais très proche, en même temps, de la République de Platon. Le Prince, instruit par sa femme, est devenu un homme libre (jīvan-mukta), délivré en cette vie, ici et maintenant, de tous les « nœuds du cœur » et surtout du plus puissant, celui de « l'identification de la Chaire avec le Soi, laquelle donne naissance au flux incessant de la joie et de la peine » ; et, étant délivré, il accomplit ses devoirs royaux avec efficacité, mais sans y réfléchir et « pareil à l'acteur sur la scène » (naṭavad raṅga-maṇḍale). En suivant son exemple et son enseignement, tous les citoyens obtiennent une délivrance semblable, et ne sont plus entraînés par leurs passions, tout en les gardant. Les conséquences ne sont nullement « anti-sociales » ; les occupations de ce monde sont, au contraire, toujours poursuivies, dans cet idéal où les citoyens continuent à jouer leur rôle, par la force de l'habitude, mais maintenant « sans penser à la bonne ou mauvaise fortune du passé, ni compter sur des joies ou des peines futures(82) ; dans leur vie quotidienne, il rient, se réjouissent, ils sont las ou fâchés, comme des hommes enivrés ou indifférents à leurs propres affaires(83). C'est pourquoi Sanaka et d'autres sages qui la visitent l'appellent la ''Cité de la Sagesse resplendissante'' ».

Aussi, dans cette idéale Cité de Dieu, c'est l'acteur représentant la norme de conduite qui illustre spécialement notre contexte. Ici, « le monde entier est une scène », sans qu'il y ait une distinction entre l'acte en tant que conduite et l'acte en tant qu'art dramatique, et chacun joue toujours le rôle qu'il « doit » jouer, s'il faut que la cité prospère
(84). L'acteur véritable, ensuite, que ce soit dans la vie ou dans sa profession, « agit sans agir », dans le sens de la Bhagavad-Gîtâ et de la doctrine taoïste du wei wou wei. Il ne s'identifie pas avec la partie, et n'est pas affecté (na lipyate) par ce qu'il fait sur scène ; son rôle, au regard des hommes, peut être celui de n'importe quel saint ou pécheur, mais, comme Dieu, il reste lui-même et n'est pas troublé par la pensée : « Ainsi j'ai bien fait » ou « Ainsi j'ai mal fait »(85), car il est au-dessus de la bataille(86).

Ainsi, la danseuse balinaise, qui ne donne pas une « expression d'elle-même », mais joue son rôle de façon impersonnelle, n'est en aucune façon la victime d'un « complexe », elle est au contraire une actrice parfaite : et les membres de n'importe quelle société, qui tous ont leur rôle à jouer, mais qui, pour la plupart, veulent être des « stars », pourraient apprendre d'elle, s'ils le voulaient, quelle est la différence entre le jeu et le simple comportement, entre la spontanéité et une trop grande liberté. Il ne suffit pas d'avoir « observé », même attentivement : c'est seulement lorsque l'anthropologue à compris profondément ce qu'il a vu, lorsqu'il a réellement assimilé les idées démontrées par le spectacle, que celui-ci peut devenir pour lui une expérience sérieuse
(87).

 

(1) M. F. Ashley Montagu, « Nescience, Science and Pyshco-Analysis », dans Psychiatry, 1941, 4, 45-60. On trouvera dans cet article les références à la littérature.

(2) Les mots mis en italique le sont dans le texte. Ceux des deux citations suivantes le sont par moi.

(3) Majjhima Nikâya, I, 265-266. Les Gandharvas et les Apsaras dirigent respectivement la procréation et la stérlité – Pañcavimśa Brāhmaṇa, X, 3, 1.

(4) Philon d'Alexandrie, Quis rerum divinarum heres, 115.

(5) Platon, Lois, 773 e.

(6) Śatapatha Brāhmaṇa, VII, 3, 2, 12. Voir Ananda K. Coomaraswamy, « Sunkiss », Journal of the American Oriental Society, 1940, et « Primitive Mentality », Quaterly Journal of the Mythological Society, 1940. Le « Baiser du Soleil » correspond à « la caresse du souffle de Zeus », Eschyle, Les Suppliants, 344-345. [« De la mentalité primitive » est paru dans les Études Traditionnelles en 1939 (n° août-sept.-oct.) et « Le Baiser du Soleil » en 1946 (n°s août et septembre)].

(7) Dans tous ces contextes où le « Soleil » est écrit avec une majuscule, il est évidemment question du « Soleil intérieur », différent du « Soleil extérieur, lequel reçoit sa puissance et son éclat de l'intérieur » (Jacob Boehme, Signatura rerum, XI, 75), et du « Soleil des Anges », différent du « Soleil sensible » (Dante, Paradis, III, 12, 7 ; comparer avec Le Banquet, III, 12, 6-7). Ce « Soleil du Soleil » (Philon d'Alexandrie, De specialibus legibus, I, 279, comparer avec De cherubim, 97 – Appollon est distingué d'Hélios ; Platon, Lois, 898 d ; Plutarque, Moralia, 393 d 400 c, d) n'est pas « le soleil que voient tous les hommes », mais « le Soleil que certains connaissent par l'esprit » (Atharva-Vêda, X, 8, 14) et « dont le corps est le soleil » (Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad, III, 7-9). La distinction traditionnelle entre les « soleil » intelligible et sensible, invisible et visible, est essentielle pour toute compréhension correcte des « mythologies solaires » et des « cultes solaires ».

(8) Aristote, Physique, II, 2.

(9) Dante, Paradis, XXII, 116 et XXIX, 15.

(10) Śatapatha Brāhmaṇa, VII, 3, 2, 12. Voir Ananda K. Coomaraswamy, « Sunkiss », Journal of the American Oriental Society, 1940, et « Primitive Mentality », Quaterly Journal of the Mythological Society, 1940. Le « Baiser du Soleil » correspond à « la caresse du souffle de Zeus », Eschyle, Les Suppliants, 344-345. [« De la mentalité primitive » est paru dans les Études Traditionnelles en 1939 (n° août-sept.-oct.) et « Le Baiser du Soleil » en 1946 (n°s août et septembre)].

(11) Jaiminīya Upaniṣad Brāhmaṇa, III, 10, 4. Comparer avec Pañcavimśa Brāhmaṇa, XVI, 14, 5.

(12) Rig-Vêda, VII, 102, 2. Il est presque inutile de dire ou de chercher à démontrer que les symbolismes solaires chrétien et païen sont équivalents. L'on peut cependant citer l'Hymne matutinal de saint Ambroise :

 

Soleil véritable, pénètre en nous,

Toi qui brille d'un éclat perpétuel ;

Et toi, Lumière du Souffle divin,

Répands-toi dans nos sens

 

qui est un équivalent presque littéral de la Gayatri védique : Rig-Vêda, III, 62, 10.

(13) Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad, III, 9, 2, 8.

(14) Ibid. III, 7, 23.

(15) Cette analogie est explicite dans Aitareya Āraṇyaka, III, 2, 3, et Keith fait également observer que c'est la « doctrine la plus courante dans les Upaniṣad ». Le « Soleil » en question est le Soleil du Rig-Vêda, I, 115, 1, « le Soi (ātman) de tout ce qui est noble et immobile ».

(16) Kauṣītaki Upaniṣad III, 3.

(17) Taittirīya Samhitā, VII, 1, 1, 1 ; Śatapatha Brāhmaṇa, VIII, 7, 1, 16. Voir Saint Jean, I, 4 : « La Vie était la Lumière. » Du même point de vue : « La première des substances est la lumière... Il n'est de lumière dans le monde que ce qui participe du divin. » Witelo, Liber de intelligentiis, VI, VII.

(18) Somme théologique, III, 32, 11.

(19) Ibid., I, 45, 5.

(20) « C'est l'Esprit qui se donne le corps », Wallenstein, III, 13.

(21) Saint Bonaventure, De reductione artium ad theologiam, 21 ; voir Philon d'Alexandrie, Quis rerum divinarum heres, 115 : « Les parents ne sont-ils pas, en quelque sorte, des causes concomitantes, tandis que la Nature (divine) est la cause suprême, première et véritable, de l'obtention des enfants ? » J'ajoute « divine » seulement pour rappeler au lecteur que la « Nature » de Philon n'est pas le monde visible et objectif, mais cet aspect de la puissance divine par laquelle Il crée, l'aieigenês phusis de Platon, la « Nature éternelle » dont nous reconnaissons la réalité en obtenant des descendants (voir Lois, 773 e).

Il revient au même de dire que « le Souffle est la puissance procréatrice » et que « l'homme est produit par le Souffle » (Pañcavimśa Brāhmaṇa, XVI, 14, 5), puisque le Souffle (prāṇaḥ) est habituellement identifié au Soleil, le pneumatique au principe lumineux.

(22) Djalāl-al-Dīn Rūmī, Mathnawī, 3775-3779.

(23) « C'est l'Esprit qui vivifie, la cher ne sert de rien » (Saint Jean, VI, 63).

(24) Saint Matthieu, XXIIII, 9.

(25) Alfred Jeremias, Handbuch der Altorientalischen Geisteskultur, Berlin, 1929.

(26) Gregory Bateson et Margaret Mead, Balinese Character : A photographie Analysis, New York, 1942, p. 17 et 91.

(27) Saint Jean, VIII, 28 ; Saint Marc, XIV, 36.

(28) Jacob Boehme, Signatura rerum : « Dialogue entre deux âmes ».

(29) Ananda K. Coomaraswamy, « Līlā », JAOS, 1941 et « Play and Seriousness », Journal of Philosophy, 1942.

(30) Ananda K. Coomaraswamy, « Primitive Mentality » ; « Symbolisme », Dictionary of World Litterature ; « The iconography of Dürer's ''Knots'' and Leonardo's ''Concentration'' », Art Quaterly, 1944. Voir aussi ŚaṅkarācāryaŚataślokī, 12 et 55 : l'homme est une perle attachée au fil du Soi, et de même que les marionnettes en bois sont manœuvrées par des fils, de même le monde est dirigé par ce Fil spirituel.