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Titus Burckhardt au Palais al Hambra à Grenade.

Titus Burckhardt au Palais al Hambra à Grenade.

[Revue Études Traditionnelles avr.-mai-juin 1984]

 

Ami personnel de Frithjof Schuon, Titus Burckhardt, né à Florence en 1908 et mort à Lausanne en 1984, compte parmi les grands « ésotéristes » du 20ème siècle en Occident, parce qu’il a développé, dans le sens de sa propre vocation en Dieu, une œuvre originale, toute entière consacrée à l’art, à l’art traditionnel et sacré, naturellement, qu’il a illustré par des ouvrages auxquels il faut sans cesse se référer. Né dans une famille suisse germanique d’artistes et d’historiens de l’art, il aura beaucoup voyagé dans tous les pays du monde arabo-musulman, avec une réelle prédilection pour le Maroc où il séjournera longuement dans les années 30. Durant ces années, il apprendra aussi l’arabe et se convertira à l’ésotérisme musulman – sous le nom de Sidi Ibrahim. Ceci, avant de rentrer à Lausanne pour y diriger une maison d’édition (Urs Graf Verlag), spécialisée dans la reproduction de manuscrits médiévaux, et pour se consacrer à des traductions, articles et ouvrages : sur l’alchimie, l’astrologie et l’art sacré.

 

Pourquoi l’art ? C’est, comme il le dira lui-même, que « l’étude de l’art islamique, comme celle de n’importe quel autre art sacré, peut conduire, lorsqu’elle est entreprise avec une certaine ouverture d’esprit, vers une compréhension plus ou moins profonde des vérités ou réalités spirituelle qui sont à la base de tout un monde à la fois cosmique et humain ». Mais aussi, parce que, selon le mot du prophète de l’Islam, « Dieu est beau et il aime la Beauté » : « Cette parole du Prophète, écrit-il, ouvre des perspectives illimitées, non seulement pour la vie intérieure, où la beauté aimée par Dieu est avant tout celle de l’âme, mais aussi pour l’art, dont le vrai but, compris à la lumière de cet enseignement prophétique, est de prêter un support à la contemplation de Dieu. Car la beauté est un rayonnement de l’univers, et toute œuvre belle en est un reflet. »

 

En 1972, il sera nommé expert auprès de l’UNESCO et sera chargé, jusqu’en 1977, d’un programme de préservation de la médina de Fès. Le Maroc est peut-être le pays auquel il restera le plus attaché, parce qu’il aura trouvé précisément dans ce pays « ce que l’Occident ne peut plus donner, parce qu’il l’a perdu : la présence du Beau dans la vie quotidienne, dans l’entourage bâti, dans le vêtement viril, dans les objets usuels faits de main d’homme et non par la machine. » Cependant, trente ans plus tard, on peut s’interroger sur cette « présence du Beau dans la vie quotidienne » en Orient, en général, car si ce dernier n’a que sa décadence à opposer à la « déviation » occidentale, elle ne sera plus bientôt pour des hommes comme Titus Burckhardt qu’une nostalgie, et cela même si l’Orient, par son activité en général, continue de témoigner malgré tout et à l’évidence qu’il n’y a pas de différence, « au point de vue de la valeur humaine globale, entre l’Orient et l’Occident ».

 

Non seulement sa mission dans la médina de Fès, mais aussi toute la vie de Titus Burckhardt est une illustration exemplaire de ce propos de Frithjof Schuon dans Sur les traces de la religion pérenne: « Si a priori l’Occident a besoin de l’Orient traditionnel, celui-ci a besoin a posteriori de l’Occident qui a été à son école »

 

Roger du Pasquier

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